• Au-delà du succès

    Au-delà du succès

     On pourrait énumérer de multiples aspects qui justifient le succès de La petite maison : des personnages attachants, des sentiments vrais, la diversité des aventures, la qualité des images et de la mise en scène... bref, autant de facteurs généralement indispensables pour qu'une oeuvre séduise.

    Mais des éléments autres existent dans cette série, qui expliquent non seulement son succès, mais également sa magie. Elle a quelque chose de plus, qui touche au plus profond des aspirations de l'être humain...

     

    AUTRES TEMPS, AUTRES LIEUX

    Le besoin d'évasion sommeille en chacun de nous, sous différentes formes: fuite dans le rêve, voyages vers d'autres horizons ou d'autres temps, nostalgie d'un passé révolu qui semble d'autant plus beau qu'il est fini...

    Et cette évasion, ce dépaysement, La petite maison nous l'offre en nous transportant à l'époque des pionniers. En ce temps-là, les vastes prairies n'étaient pas encore souillées par les traces plus ou moins polluantes de la civilisation; les petites maisons et les communautés rurales n'étaient pas encore menacées par les grandes villes et les buildings impersonnels; et la vie de famille, la foi, et les autres vertus, étaient encore à l'honneur.

    Or, une page d'histoire a été définitivement tournée, et les cow-boys et les pionniers ne chevauchent  plus désormais que sur les pistes de l'écran  et de la légende. Grâce à La petite maison, nous entrons donc avec eux dans cette période mythique qui interpelle le coeur et l'imagination du monde entier.

    De plus, c'est à travers les souvenirs d'une petite fille que nous entrons dans ce passé, lequel s'en trouve d'autant plus magnifié. En effet, plus encore que les souvenirs conscients de l'âge adulte, les souvenirs d'enfance sont souvent le reflet d'aspirations secrètes qui modifient les événements anciens, si bien que ce temps de l'enfance est lui aussi un temps magique, à part. Comme l'a écrit Léopold Sédar Senghor, "Je ne sais en quel temps c'était, je confonds toujours l'enfance et l'Eden" (Éthiopiques).

    L'ÉDEN DE L'ENFANCE

    Dans l'Eden de l'enfance, la famille est le point central, l'abri de base. Et, là encore, la série répond à un désir fondamental chez l'homme: celui d'une famille soudée, unie... idéale. Chaque enfant qui dessine ne commence-t-il pas par esquisser malhabilement une petite maison, avec un papa, une maman, un petit garçon ou une petite fille ?

    Parce que ce rêve est celui de tout être avant qu'il ne devienne blasé, et qu'il est merveilleusement incarné chez les Ingalls, cette famille a priori ordinaire prend une dimension en quelque sorte symbolique, universelle. Particulièrement à notre époque où beaucoup de problèmes déstabilisent les foyers, parents et enfants vivent à travers les Ingalls leurs propres aspirations et apprennent, plus ou moins inconsciemment, à se rapprocher de ce modèle.

    Ainsi, les parents sont aidés à mieux comprendre l'univers des jeunes; la série leur rappelle les besoins propres à cet âge, besoins qu'ils ont pu oublier avec les soucis de la vie d'adulte. De plus, elle assure à leurs côtés un rôle éducatif certain. En effet, les enfants qui acceptent mal les conseils donnés chez eux, reconnaissemt volontiers la valeur de ceux promulgués par Charles et Caroline à Laura, Mary ou Albert. Et ils reçoivent ainsi, à travers le petit écran, une formation morale, largement reconnue, qui contrebalance l'effet possible de nombreux films où les jeunes sont présentés comme cyniques, plus ou moins immoraux, et peu respectueux de leurs aînés.

    Mais pourquoi les enfants acceptent-ils aussi facilement cet enseignement ? Parce que la série leur montre leur monde à eux ! Même les histoires des adultes sont vues à travers leurs regards. C'est leur façon de voir et de ressentir qui est exprimée. Les enfants Ingalls vivent bien sûr à la fin du XIXè siècle, aux États-Unis, mais sont-ils fondamentalement différents des enfants d'aujourd'hui et de toujours ? Non ! Ils évoluent dans le même cercle de la vie quotidienne: la famille, l'école, les camarades. Ils ont les mêmes qualités et défauts, les mêmes besoins, les mêmes problèmes: réprimandes des parents, soucis des devoirs scolaires et des examens, amitiés et inimités, premiers émois du coeur, etc.

    De plus, au fur et à mesure que leurs héros grandissent, ils découvrent avec eux la vie, le sujet éternel par excellence: la vie avec son cortège de joies, mais aussi de peines, de déceptions, d'injustices. Pourtant, chacun apprend à faire face aux malheurs, et même à se dépasser dans l'épreuve, en s'appuyant, non sur la révolte ou la drogue, mais sur la famille, les amis, la foi, et l'approbation de sa conscience.

    Persuadés que la plus belle voie est toujours celle de l'amour et de la droiture, parents et enfants se retrouvent alors, à la fin de chaque épisode, émus, meilleurs, et unis...

    Mais la fascination qu'exerce la série tient à quelque chose de plus profond encore que la nostalgie d'une époque révolue ou le rêve de l'enfance et d'une famille idéale. Elle fait remonter du tréfonds de l'homme des aspirations encore plus intimes, plus ou moins enfouies dans son subconscient, qui s'apparentent à une sorte de quête d'ordre presque spirituelle...

     

    Au-delà du succès

     

     

    RECHERCHE DE LA TERRE PROMISE

    Une nature pure et belle, des hommes justes et bons, et la présence protectrice du divin, du sacré... tous ces thèmes se retrouvent dans l'ensemble des peuples et mythologies du monde entier, comme s'ils correspondaient à une vérité oubliée, perdue dans la mémoire collective, une vérité remontant aux temps sacrés des commencements, aux temps mythiques !

    Faut-il l'associer au souvenir lointain d'un paradis originel auquel l'homme espère revenir ? C'est bien sûr le récit que donne la Bible, le livre des Ingalls, mais à quelques variantes près, cette croyance en un antique paradis perdu dont l'homme garderait une vague réminiscence, revient tout aussi fréquemment dans les légendes et les textes sacrés de la plupart des civilisations autres que judéo-chrétiennes.

    Ainsi, il était question d'un "Âge d'or" dans l'antiquité grecque; on le retrouve aussi dans le Zoroastrisme de la Perse antique; encore chez les Égyptiens, les Péruviens, les Mexicains ou les Tibétains; et même dans les anciennes légendes de la Chine, qui situent cet âge d'or au XXVIè siècle avant notre ère, lorsque régnait Huangdi, "l'empereur jaune".

    De cette croyance en un paradis perdu, a découlé une croyance tout aussi généralisée en une terre promise paradisiaque où les hommes bons seraient établis. Est-ce seulement par hasard que tous ces peuples et religions croient ou croyaient au rétablissement possible d'un paradis originel perdu ? Toujours est-il que le caractère universel de cette nostalgie et de cette espérance atteste qu'elles appartiennent bien à un trefonds commun à toute l'humanité, et voila pourquoi de tels thèmes éveillent en nous une résonance particulière, une émotion mystérieuse, qui échappent au domaine de l'explicable et appartiennent à celui, plus obscur, du mythe.

    Or, ces thèmes sont bel et bien sous-jacents dans La petite maison dans la prairie...

    Nos pionniers partent à la recherche d'une terre vierge et belle; ils s'attachent à elle lorsqu'ils l'ont découverte, comme une terre promise où vivent des personnes justes et droites; puis ils la pleurent comme un paradis perdu, lorsqu'ils en sont finalement chassés.

    Enfin, autre caractéristique indissociable de tout paradis: le divin est là ! Présent dans les incessantes allusions au Seigneur, à la prière, à la Bible... et intervenant même directement à plusieurs reprises pour aider les Ingalls.

    Parce qu'elle véhicule des thèmes immortels, La petite maison exerce donc un attrait qui dépasse le simple plaisir de suivre de belles aventures émouvantes. Débordant et transcendant le cadre de la vie quotidienne d'une famille de l'Ouest américain de la fin du XIXè siècle, elle se situe au-delà, dans le domaine des vérités éternelles, et effleure des sujets tout proches de la dimension du mythe...

     

    Au-delà du succès

     

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